[HRP] Allez, encore un ![/HRP]
Vendredi
Trentième jour du onzième mois de l'an 1007
Louyang
J'ai dormi comme un ange. Les lits de Louyang sont incomparables ! Une ravissante jeune femme est venue ouvrir les rideaux dans ma chambre ce matin. Le service est impeccable, les lits confortables, les chambres charmantes, que demander de plus?
Je descend dans la salle à manger pour prendre mon petit déjeuner. Une fois de plus, on me sert aussi promptement que si j'étais un prince.
Mon petit déjeuner (au demeurant succulent) avalé, les idées me remontent en tête comme une maladie tenace. C'est aujourd'hui que je dois aller dans la cité maudite pour "apaiser" l'âme de la fille du prince ! Je n'ai aucune envie d'y aller ! Je vais me faire tuer à coup sûr...
Je décide de quitter prestement la ville en passant par les petites ruelles mal famées.
Quitter Louyang ainsi me fend le cœur. Cette ville magnifique, cette ville merveilleuse, je n'aurais pas le temps de la voir, de la goûter... Il faut déjà que je m'en aille...
Mais ma fuite n'est pas pour maintenant. Je me perds. Encore.
Je marche au hasard des petites rues et je débouche sur la grande muraille d'enceinte de la ville. J'ai alors une idée de génie. Pourquoi ne pas longer la muraille jusqu'à la sortie? Il sera alors aisé de trouver la porte m'amenant jusqu'au bateau !
Je me félicite pour cette idée brillante et remercie Dieu quand même.
Je longe.
Je tombe alors face à une jeune femme. Ses yeux pénétrants me fixent intensément. Je suis un peu mal à l'aise en passant devant elle alors qu'elle continue de me fixer. Puis, alors que je l'ai dépassée, elle m'interpelle.
- Monseigneur Jérémie?
Jérémie: Oui? Qui me demande?
Jeune femme: Je suis une guide, mandatée par le Lord. Je vous accompagnerai.
Jérémie: Une guide? Heu... Ha oui la guide !
Jeune femme: Je me nomme Kerzturion.
Jérémie: Assurément.
Kerzturion: Fort bien. Puisque les formalités d'usages sont faites, il ne nous reste plus qu'a entrer en territoire maudit. J'espère que vous êtes aussi bon que votre réputation le laisse prétendre parce que cet endroit est rempli de créatures pour le moins belliqueuses... Suivez moi.
Je n'ai même pas vu que mes pas m'ont conduits directement dans la gueule du loup. Je suis pris au piège, incapable de faire quoi que ce soit. Partir en prétextant un malaise semblerait louche, et puis elle me suivrait. Ses yeux vert me font peur, j'ai l'impression qu'ils sondent mon âme. Je n'ose pas lui avouer que je ne suis pas tel qu'on le prétend mais je n'ai pas le cœur de briser un espoir auquel s'accroche le prince de Louyang, à moins bien sûr qu'elle ne le sache déjà et que j'ai en fait peur de me l'entendre dire...
Je la suis.
Effectivement les créatures sont un tantinet belliqueuses. A notre entrée, un groupe de pygmée couvert de peaux de bêtes s'enfuit. Je suis rassuré. Il y a de la présence humaine ici au moins ! Mais Kerzturion (j'ai vraiment du mal à me rappeler son prénom !) balaye mes espoirs.
- Ce sont des monstres anthropophages, ils n'ont plus de conscience propre. Avant, ces pygmées étaient les cuisiniers du mausolée. Ils peuvent donc être armés de fourches ou d'autres ustensiles de cuisine divers. Faites attention...
Effectivement. Les pygmées reviennent avec toute une armada. Nous sommes rapidement encerclés. Je commence doucement à céder à la panique mais Kerzturion lève ses mains et lance alors une lame de vent spectaculaire en direction de nos assaillants. La moitié s'arrête, figé un court instant, puis le tronc se détache des jambes. La lame les a coupés en deux ! Le sang me monte au cerveau. Je n'ai plus l'habitude des massacres...
Kerzturion enchaîne lame de vent sur lame de vent. Je reçois de violentes bourrasques dans les cheveux. Nos assaillants ne font pas le poids et rapidement un petit tas de cadavre s'amoncelle autour de nous. Je ne pensais pas que mon guide était aussi puissant ! Je la regarde avec un mélange d'admiration et de crainte pure. Elle se tourne vers moi et croise mon regard.
- C'est de la vermine, on ne peut plus rien pour eux maintenant, mieux vaut les éliminer.
Nous continuons. Nous croisons aussi des ours qui ont élu domicile dans cet endroit maudit.
Enfin, nous arrivons aux premiers signes du mausolée proprement dit: un énorme escalier de pierre qui me fait penser a celui qui mène au palais de Louyang. Le roi a vraiment fait des folies pour offrir le meilleur des tombeau à sa fille ! On se croirait carrément dans Louyang !
Plus tard, plus loin
Nous sommes maintenant dans une sorte de tunnel. Tout en marchant, Kerzturion m'explique que ce tunnel est en fait l'antichambre du mausolée. Ce tunnel est "gardé" par mille statues de pierre, censées protéger la princesse des intrusions extérieures. Nous croisons effectivement des statues mais elles semblent entièrement détruites, comme si le temps avait pris un malin plaisir à s'écouler plus vite ici.
Nous rencontrons aussi des jeunes hommes. Ils portent les mêmes habits que ceux de la cave de Payon donc je les ait reconnus tout de suite. Ce sont plus des âmes en peine qu'autre chose je doit dire.
J'arrive sans peine à leur faire entendre raison et à les convaincre de trouver le repos éternel. Cependant, nous croisons tout de même des cas particulièrement agressif que nous sommes obligés de mater.
Nous débouchons alors dans le mausolée. C'est tout bonnement magnifique ! Des arbres exotiques poussent çà et là, des splendides sculptures parsèment le jardin, car c'est dans un jardin que nous sommes...
Le ciel est noir, c'est une grotte. Nous sommes dans un petit paradis souterrain. J'ai peine à imaginer un tel lieu en construction ! On pourrait penser qu'il a toujours existé !
Un petit pont s'offre à nous. Nous l'empruntons. Kerzturion semble mal à l'aise ici. Je ne la comprend pas, ici, c'est le seul endroit où je me sens enfin serein... Nous rencontrons des petits dragons inoffensifs complètement ridicules qui se dandinent de façon grotesque : je ris, Kerzturion a un petit rictus amusé. Les dragons sont tellement peu craintifs qu'ils viennent carrément se faire caresser ! Mais ils en profitent pour voler certains objets dans nos sacs...
Kerzturion: Nous sommes en plein dans la cité interdite...
Jérémie: Hum...
Kerzturion: Il va falloir être très prudents à partir de maintenant. La moindre erreur pourrait nous coûter la vie. Ne faites confiance à personne. La plus belle chose à regarder pourrait se révéler être votre exécutrice.
Jérémie: Heu. Les dragons semblent inoffensifs non? Ils ne nous attaquent pas...
Kerzturion: *soupir* Ne faire confiance à PERSONNE !! C'est bien compris? Je vous rappelle que nous ne sommes pas en promenade de santé ici ! Un peu de sérieux quoi ! Vous êtes ici sur demande du Lord afin d'aider sa fille à trouver le repos de son âme, par pour jouer au clown ! Alors arrêtez vos pitreries avec les dragons et aidez moi plutôt à la trouver !
Un peu surpris par le ton énerve de mon guide, je m'exécute sans discuter et me colle à elle afin de ne pas trop être laissé en retrait. C'est vrai que cette ambiance trop calme est oppressante....
Nous entrons dans une bibliothèque. Enfin, les restes d'une bibliothèque... Les rares livres encore en bon état sont étalés par terre. La moitié de leurs pages sont déchirées. Je me penche sur un livre dont la couverture est écrit en lettres runiques. Je demande à mon guide de faire une pause. Je déchiffre sans peine le titre inscrit en lettres d'argent (j'ai appris le runique avec le père supérieur): "
Contes des terres de l'Ouest", et je commence la "lecture" de l'ouvrage.
....ainsi, alors que le très puissant roi de Morroc, Satan, était était revenu à la vie, les valkyries faisaient front sur le front Nord des terres de Midgard, combattant contre les légions du plus fidèle lieutenant de Satan, le maître des ténèbres en personne.
Alors que le monde semblait plongé dans le chaos, un homme se présenta à Satan, le défiant en combat singulier. Ce jeune imprudent, plein de fougue et de hargne s'appellait Thanatos. Satan ne livra pas de combat singulier mais envoya ses subordonnés contre lui.
Thanatos n'eut aucun mal à se défaire de la horde de monstre que lui avait envoyé Satan. Satan savait apprécier un vrai combattant quand il en rencontrait. Il combattu donc avec Thanatos pendant trente jours et trente nuits. Au terme de ce combat qui ébranla jusqu'au fondations même de l'enfer et qui fit vibrer le Valhalla lui même, le jeune homme réussit à emprisonner quatre fragments de l'âme de Satan et à les disséminer aux quatre coins du monde. Fortement affaibli, Satan fut vaincu et le portail ouvert sur les enfers depuis Morroc disparut. Mais ce ne fut pas sans risques pour Thanatos qui fut frappé par la malédiction que Satan lui lança avant de sombrer dans les ténèbres. L'âme de Thanatos fut également séparée en quatre dans quatre pendentifs. Ainsi, toute la douleur, toute la haine accumulée jusque là par le jeune homme lui fut retirée. Privée de cette seule raison de vivre, Thanatos sombra peu à peu dans la folie et fut condamné au bannissement perpétuel dans l'infra-monde par Randgriss en personne. On dit alors que si les quatre fragments de l'âme de Thanatos étaient réunis en un seul endroit....
- JÉRÉMIE ! DERRIÈRE VOUS !
J'ai juste le temps de rouler sur le côté. Des griffes d'une longueur démesurées viennent s'enfoncer là où je me tenais quelques instants plus tôt. Ces griffes appartiennent à une sorte de chat géant, en costume officiel qui me fixe avec ses yeux vert. En croisant son regard j'ai encore la désagréable impression de me faire sonder l'âme.
- LEX AETERNA !!
Le monstre semble un peu déstabilise par mon cri qui était plus pour l'effrayer que pour lui nuire vraiment, mais il se ressaisit bien vite et entreprend de me découper en morceaux.
Le temps de me retourner et je sens une violente bourrasque de vent dans mon dos. Une goutte de sueur glacée me parcours l'échine. Le bruit horrible que j'entends après coup m'informe que notre ennemi n'est plus. J'ai la nausée mais je me retiens de vomir devant Kerzturion.
Tout à coup, une petite fille s'approche de nous timidement.
Jérémie: Hum? Mais que fait donc une petite fille ainsi laissée dans cet endroit malveillant? Il faudrait... *ouche*
Je reçois un coup violent dans les côtes. La jeune fille s'est métamorphosée en belle jeune femme qui vient de me mettre son poing dans le ventre. J'ai le souffle coupé et je tombe à genoux. Mais juste avant de ressentir la petite aspiration précédant la bourrasque, j'ai le temps de crier:
- NON !! C'EST ENCORE UNE ENFANT !!
Mais Kerzturion ne m'entends pas et envoie son sort destructeur sur la pauvre jeune fille qui fait un dérisoire geste de défense.
Le corps tombe, j'aperçois une énorme entaille dans le ventre de notre assaillante éphémère qui s'est retransformée en jeune fille. En larmes, je me tourne vers Kerzturion.
- Lâche ! Vous saviez très bien qu'elle ne pouvait rien nous faire ! Vous l'avez attaquée quand même alors qu'elle avait juste peur ! Vous êtes pire que les monstres que nous rencontrons !
Kerzturion semble troublée. Elle a la respiration saccadée et je la voit trembler un peu. Je m'excuse de m'être emporté mais j'efface vite ce sentiment de mon esprit en revoyant le cadavre de la petite fille.
Kerzturion: Je n'avais pas le choix. Elle nous aurait tués vous savez? On ne peut faire confiance à personne je vous l'ai dit. Les chats géants n'étaient autre que les anciens moines dirigeant le mausolée. Quant aux jeunes filles, c'était les guerrière combattantes censées protéger la dépouille de la princesse.
Allez, il faut avancer maintenant. La nuit doit déjà être tombée.
Encore plus loin, encore plus tard
Je commence à être fatigué de marcher. Même si le fait d'avoir renaît permet une plus grande endurance, il n'empêche que marcher toute la journée est pénible. Néanmoins je continue de marcher encore et encore. Et toujours pas l'ombre d'un spectre... Je commence à désespérer...
Soudain, une lumière blanche m'aveugle. C'est elle ! J'en suis sûr ! Mon cœur commence à faire des bonds dans ma poitrine. Kerzturion me lance:
- Attention, elle est très dangereuse pour les hommes qui l'approche. Ne croisez pas son regard ! Vous pourriez en mourir !
Trop tard. Effectivement je croise le regard de la belle princesse. Je ne vois plus que ses yeux marrons foncés. Je suis littéralement hypnotisé par ce regard pénétrant. Je me laisse submerger par la vague de chaleur qui me pénètre.
???
Je suis dans endroit tout blanc. Tout est blanc autour de moi. Tout est blanc en dessous et au dessus de moi. Tout est blanc.
Arrive alors la jeune fille qui n'a plus rien de spectral. On dirait une vraie femme faite de chair et de sang comme moi. Elle s'approche et me dit (le son sa voix me rempli de bonheur):
- Un prêtre n'est ce pas? Vous êtes le premier que je rencontre.
Je sens le regard perçant me fixer. J'ai des picotements sur les épaules. C'est assez désagréable.
Bacsojin: *ris* Je me nomme Bacsojin. Vous me semblez différent de mes autres amants d'une nuit. Vous n'êtes pas venu ici pour mes richesses n'est ce pas?
Jérémie: En effet. Je suis ici sur ordre de votre père pour que vous puissiez enfin trouver le repos éternel. Je me suis renseigné sur vous et sachez que je suis profondément désolé de tout ce qui a pu vous arriver jusqu'à maintenant.
Bacsojin: *d'un ton amusé* Hmm mon père? Ce lâche s'est suicidé il y a cent ans de cela. Comment aurait-il pu vous demander quoi que ce soit?
Jérémie: HEU ! Mais alors cet homme dans le palais? Qui est-il?
Bacsojin: Soit le successeur de mon père, soit un imposteur. Qu'est ce que cela peut il vous faire alors que vous allez mourir?
Jérémie: Je vais mourir? J'aurais donc échoué dans ma mission? C'est bien ce que je pensais...
Bacsojin: Que voulez vous dire?
Jérémie: Une fois dans ma vie j'aurais aimé réussir ce que j'entreprends. Au moins une fois. Ce n'est pas les occasions qui m'ont manqué pourtant. Je pense que sans cette chère Lacus je ne serais pas ici aujourd'hui, mais d'un autre côté, je suis devenu assez fort pour arriver jusque ici. Je ne regrette rien, si ce n'est ne pas avoir réussi. Tuez moi, puisque tel est mon destin. J'aurais tant aimé avoir réponse à mes questions...
Je sens encore quelque chose s'infiltrer en moi, comme des pensées parasites qui me cherchent des informations dans la tête. J'ai le sentiment d'avoir déjà connu ça avec Valkyrie Randgriss mais c'est moins douloureux.
Sur un sol dur et froid
J'ouvre les yeux. Ma première vision est Kerzturion penchée au dessus de moi. Elle semble à la fois inquiète, en colère, mais soulagée que je m'en soit sorti.
Je me relève brusquement et vois Bacsojin qui me fixe une fois de plus avec ses yeux marrons. J'entends alors une voix dans ma tête:
- Ton destin? Que sais tu du destin? Tout ce que je sais c'est que ton destin n'est pas de mourir dans un mausolée en ruine à Louyang. Je ne contrôle pas ton destin, toi seul le peut. Tu trouveras les réponses à tes questions, tout n'est qu'une question de volonté. Va, et vis ! Je te remercie de m'avoir rendu visite, je vais enfin pouvoir me retirer...
L'image de Bacsojin s'efface alors peu à peu. La lumière redevient alors plus sombre. Kerzturion prends alors la parole:
- Hé bien. On peut dire que vous m'avez fait une belle peur ! J'ai bien cru que vous alliez mourir ! Sachez que tous ceux qui ont croisé le regard de Bacsojin n'ont pas eu la même chance que vous ! Je vous présente mes plates excuses. J'ai douté de vos capacités d'exorciste. Je dois cependant avouer que vous m'avez bluffé. Nous pouvons retourner à Louyang la tête haute ! Nous avons libéré la ville d'un fléau ! Même si vous avez pris beaucoup trop de risques à mon goût !
Je me sens mal.
Louyang
Effectivement, la nuit est tombée. Nous sommes rentrés directement à l'auberge, trop fatigués par notre escapade. Kerzturion prend un lit dans la chambre à côté de la mienne. Nous sommes tous les deux trop fatigués pour faire autre chose que nous coucher directement. Je trouve néanmoins la force d'ouvrir mon journal afin de voir ce que j'ai bien pu écrire depuis tout ce temps.
Je ne pensais pas avoir écrit tout ça ! 9a fait beaucoup de page, trop peut être pour un petit journal comme le mien. Mais je trouve ça quand même très bien de garder une trace écrite de mes voyages. Qui sait, peut être qu'un jour, quelqu'un trouvera ce carnet et dira: "Hé mais ce sont les aventures de Jérémie le prêtre !".
Bercé par des images de Morroc et de chats aux griffes acérées, je m'endors comme une pierre. Demain, j'aurais énormément de choses à dire au Lord. Je pense que je n'arrive pas à mesurer la chance d'avoir été épargne par Bacsojin mais je pense que le fait qu'elle se soit retirée prouve que j'ai réussi quand même dans la tâche qui m'a été confiée.
[HRP]Ha... L'escapade à Louyang... Tout une histoire. Bon j'ai un peu brodé autour du mythe (un peu beaucoup même) mais j'en aurais besoin pour le reste du scénario. Je pense que c'est à partir de là que j'ai trouvé quelle direction allait prendre mon histoire.[/HRP]